La lutte contre le paludisme, un foyer à la fois

media_gallery_francaisPar Yacine Djibo
Présidente de Speak Up Africa*

Le projet d’élimination du paludisme actuellement mis en oeuvre à Richard-Toll, dans la partie Nord du Sénégal, vise à mettre fin à la transmission locale du paludisme dans le district. Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) a choisi en raison de son faible taux d’incidence du paludisme de moins de 5 cas pour 1000 habitants. Des facteurs tels que la faible densité de population, les précipitations et l’accès géographique et financier aux services de santé expliquent pourquoi le fardeau du paludisme est moins important dans la région Nord du pays. En collaboration avec MACEPA, le PNLP surveille de près les nouveaux cas de paludisme signalés. Une fois qu’un cas de paludisme est confirmé par l’un des postes de santé rattachés au district sanitaire, une mission d’investigation s’organise autour du cas. Une poignée de bénévoles composée d’agents de santé communautaire, étudiants en médecine ou autres personnels du district sanitaire coordonnent une visite au domicile du cas confirmé.

Aby Bineta Ba receives antimalarials from community health workers. Photo: Speak Up Africa

Aby Bineta Ba recevant son traitement antipaludéen des mains d’un agent de santé communautaire. Photo: Speak Up Africa

Au cours de ces missions d’investigation, tous les membres du foyer passent un test de diagnostic rapide pour déterminer si quelqu’un d’autre parmi la famille est également atteint du paludisme. Lorsqu’un test se retrouve être positif, la personne en question se voit immédiatement administrée un antipaludéen. Les personnes habitant les cinq concessions les plus proches seront également testées. Le but de cet effort n’est pas seulement de traiter les cas de paludisme, mais d’arrêter toute transmission locale de la maladie.

En Novembre 2012, j’ai assisté à une de ces missions d’investigation au cours de laquelle, le groupe a visité la maison de Mme Aby Bineta Ba. Son petit-fils de 18 ans était atteint du paludisme et le diagnostic avait été confirmé par le centre de santé. Aby Bineta était très impressionnée par tous ces étrangers qui étaient tous préoccupés par la santé de sa famille. Le point focal de MACEPA en charge de la mission d’investigation a pris le temps de lui expliquer le but de notre visite afin qu’elle accepte de faire le test de diagnostic rapide et qu’elle permette au reste de sa famille à faire de même.

À ma grande surprise, malgré le fait qu’elle n’avait absolument aucun symptôme, le test d’Aby Bineta s’est avéré être positif. Nous lui avons, par conséquent, donné les médicaments nécessaires et elle n’a pas eu besoin d’aller au centre de santé pour se faire soigner. Cette expérience prouve combien cette étroite surveillance des cas de paludisme est essentielle. Elle permet au PNLP et à ses partenaires de trouver et de traiter des cas asymptomatiques, le plus rapidement possible, réduisant ainsi les risques pour les personnes atteintes de servir de vecteur de transmission. Il m’a semblé qu’Aby Bineta avait bien compris cette partie car elle fut très reconnaissante d’avoir été traitée immédiatement sans même qu’elle n’ait eu à tomber malade et encore plus car elle ne faisait plus courir aucun risque à sa famille.

“Grâce à ce projet, les procédures habituelles sont inversées, nous nous rapprochons de notre communauté. Ce projet nous permet de réaliser le vrai sens de notre travail et, surtout, il nous permet d’assurer la santé de nos concitoyens”, a déclaré Gnagna Dieng Sow, point focal de MACEPA à Richard-Toll. Aby Bineta a reçu les instructions nécessaires pour suivre son traitement correctement en présence de sa sœur qui était de passage en provenance de Dakar, la capitale du Sénégal. Pleine d’émotions, sa sœur nous a dit combien elle était reconnaissante pour nos actions. Elle a affirmé que ce programme pourrait changer la vie de beaucoup de gens dans son quartier si toutefois il y était également mis en oeuvre.

Notre visite chez Aby Bineta m’a permis de vraiment comprendre l’importance de la stratégie derrière le projet d’élimination du paludisme. Au-delà de travailler pour mettre fin à la maladie, il démontre à quel point les agents de santé communautaire sont une force importante dans la mise à disposition des services de santé dans les zones les plus reculées.

 

*Yacine Diop Djibo est la Présidente de Speak Up Africa, une organisation à but non lucratif de communication et de plaidoyer en faveur de la santé publique en Afrique.