Comment la communauté de Thiénaba s’est rassemblée pour mettre un terme au paludisme

media_gallery_francaisPar Yacine Djibo
Présidente de Speak Up Africa*

Bien qu’elle soit évitable et curable, le paludisme prend la vie d’un enfant toutes les 60 secondes en Afrique. A Thienaba, au Sénégal, la douleur et la détermination d’un seul homme ont inspiré toute une communauté à prendre position contre cette maladie.

En 1999, El Hadj Diop a perdu sa fille de 12 ans des suites de paludisme. Sa douleur l’a convaincu qu’aucun autre parent ne devrait perdre son enfant à cause de cette maladie. En étroite collaboration avec les femmes de sa communauté – les plus touchées par la maladie – El Hadj créé une organisation à base communautaire, Sope Naby, pour sensibiliser sur le paludisme et réduire la charge de cette maladie sur les familles de la communauté. En effet, dans le village sénégalais de Thiénaba, ce sont les femmes qui s’occupent de leurs enfants et maris lorsque ceux-ci sont malades, en les emmenant au centre de santé et restant à leurs côtés jusqu’à ce qu’ils récupèrent, au détriment de leurs tâches domestiques et activités professionnelles.

Grâce au travail et la persévérance implacable d’El Hadj, Sope Naby comprend maintenant 73 villages voisins. Avec l’aide des groupements féminins locaux, des chefs religieux et des conseils de villages, les 73 villages oeuvrent pour mettre fin à cette maladie. Ensemble, ils exhortent les membres de la communauté à dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide chaque nuit et à aller au poste de santé le plus proche en cas de fièvre. L’organisation mène également des opérations intensives de nettoyage des villages pour éliminer le paludisme de leur vie une bonne fois pour toutes. Les villageois ont même mis en place un système d’amende en cas de manquement, qui consiste à faire des visites à domicile nocturnes inopinées afin de s’assurer que tout le monde dorme sous leurs moustiquaires et que ceux qui dérogent à la règle se voit attribuer une amende. L’argent recueilli est ensuite versé dans un fonds de solidarité qui est utilisé pour couvrir les frais de santé des plus démunis.

Au cours des 13 années qui ont suivi le décès de la fille d’El Hadj, il n’y a eu aucun décès dus au paludisme dans les 73 villages comprenant l’Association Sope Naby. En outre, 49 de ces villages n’ont enregistré aucun cas de paludisme depuis 2009. “Soyons le changement que nous voulons voir dans ce monde” a dit Gandhi, El Hadj Diop et sa communauté nous montrent comment le leadership et la détermination peuvent sauver des vies.

 

*Speak Up Africa est une organisation à but non lucratif de communication et de plaidoyer en faveur de la santé publique en Afrique.