Le Sénégal bâtit un pays sans paludisme, une communauté à la fois

Par Dr Mady Ba, Coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Paludisme;
Dr Yakou Dièye, Conseiller technique MACEPA technique; et M. Philippe Guinot, Directeur de PATH au Sénégal.

media_gallery_francaisL’élimination du paludisme est un objectif ambitieux, mais que nous pensons réalisable avec un leadership fort, un partenariat uni, les bons outils et un soutien financier durable.

Depuis 2005, des médicaments, tests de diagnostic rapide, et plus de sept millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide ont été distribués à travers le Sénégal permettant la réalisation de progrès conséquents: de 2006 à 2013, le taux de mortalité dû au paludisme a diminué de 62%. Fort de ces succès, l’élimination du paludisme devient l’étape suivante pour le Sénégal. La réduction du nombre de cas de paludisme n’est pas suffisante, nous voulons continuer à améliorer la santé de nos populations en développant les stratégies nécessaires pour mettre fin au fardeau de cette maladie une fois pour toutes.

Photo: Speak Up Africa.

Photo: Speak Up Africa.

Comment comptons-nous faire cela? Les efforts doivent viser à réduire l’incidence grâce à l’utilisation systématique de diagnostic et de traitement appropriés, le maintien de niveaux élevés de couverture en moustiquaires imprégnées et aspersions intra-domiciliaires, l’utilisation de méthodes de surveillance de pointe pour le suivi et traitement des cas confirmés. Une des premières zones sur laquelle nous avons mis l’accent se trouve dans la partie nord du Sénégal, plus précisément dans le district de Richard Toll. Nous avons choisi ce district, pour nos activités d’élimination initiales, en raison de sa forte expérience dans la mise en œuvre des projets sanitaires complexes et son faible taux d’incidence du paludisme de moins de 5 cas pour 1000 habitants. Notre objectif est de travailler avec des partenaires des secteur privé et public pour créer des zones où il n’y a plus aucune transmission locale du paludisme – et enfin étendre ces zones sans paludisme progressivement à travers le pays.

Ces communautés commencent à récolter les fruits des efforts consentis. Tout d’abord, aucune transmission locale de paludisme implique l’absence de cas positifs et de décès dus à cette maladie. Autrement dit, les gens qui vivent dans ces communautés sont en meilleure santé et vivent certainement une vie plus heureuse sans paludisme. Mais au-delà de cela, les communautés qui ont éliminé la menace de la maladie sont également plus prospères et financièrement mieux lotis : les familles comme les entreprises n’ont plus à dépenser d’argent pour couvrir ​​les coûts liés au traitement du paludisme. Les employés n’ont plus à s’absenter du travail parce qu’ils sont eux-mêmes malades ou qu’ils doivent s’occuper de quelqu’un de leur famille qui souffre du paludisme. Les entreprises deviennent plus productives. Les enfants n’auront plus à manquer des jours d’école, ils n’auront pas à souffrir des handicaps permanents qui peuvent se produire suite à un épisode de paludisme compliqué. Les services de santé sont plus libres de se concentrer sur d’autres problèmes médicaux.

Le Sénégal développe une stratégie pour la mise à l’échelle de cette approche sur l’ensemble du pays. Notre objectif est d’optimiser les richesses locales afin de canaliser toutes les ressources disponibles vers la réalisation de notre objectif commun d’élimination du paludisme. Pour atteindre un tel objectif, il nous faudra améliorer la qualité des interventions à efficacité prouvée clés telles que l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide, une bonne prise en charge des cas grâce à l’emploi systématique des tests de diagnostic rapide et des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine. Maintenir nos acquis demandera également la mise en oeuvre de nouvelles interventions telles que la chimio-prévention du paludisme saisonnier et des campagnes de diagnostic et traitement de masse pour renforcer nos chances de succès.

Le Sénégal documente à présent son approche et les progrès qui rapprochent le pays de la réalisation de cet objectif ambitieux. Nous vous encourageons à parcourir la galerie ci-dessous et à prêter attention à quelques-unes des voix des chercheurs, professionnels de la santé, fonctionnaires, partenaires, et en particulier des communautés, toutes dévouées à la lutte contre cette maladie. Ce qui rend le Sénégal unique est la force du partenariat que nous construisons; ensemble, nous travaillons à faire du paludisme une histoire ancienne.